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03 sept
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Commémoration de la Libération de Lyon

Posté par: Gérard Collomb    Tags:  grand lyon, Histoire, lyon, Mémoire, Résistance    Le:  septembre 3, 2012




Voici le discours que j’ai prononcé ce matin pour les commémorations du 67e anniversaire de la Libération de Lyon.

« Nous voici rassemblés, comme chaque année en ces jours de rentrée, pour commémorer la Libération de Lyon.

C’était il y a 68 ans. Le 3 septembre 1944, notre ville sortait de cinq années d’un terrible cauchemar.

Cinq années d’un conflit comme l’humanité n’en avait jamais connu.

Certes, la guerre faisait encore rage sur d’autres fronts.

Mais pour Lyon, ce 3 septembre 1944 marquait la fin d’un interminable martyr.

Martyr, en effet, que celui d’une ville qui, dans les derniers soubresauts de cette guerre, avait eu à subir les pires outrages, les pires humiliations, les pires exactions.

Martyr d’une ville devenue le théâtre d’indicibles souffrances sous le joug d’un ennemi dont la barbarie ne faisait que s’accroître au fur et à mesure qu’approchait sa défaite.

Martyr d’une ville où les troupes nazies, qui voulaient à tout prix assurer leur retraite le long du couloir rhodanien, multiplièrent massacres, exécutions, déportations jusqu’aux derniers jours.

Des enfants de la colonie d’Izieu aux suppliciés de la prison Montluc, des fusillés de la place Bellecour au dernier convoi de plus de 600 déportés du 11 août 1944 : ils furent nombreux ceux qui perdirent la vie dans ces mois où le régime nazi jouait sa survie.

Parce qu’elle mit un terme à cette sanglante litanie, mais aussi parce que Lyon représentait un double symbole, – celui de la Résistance, mais aussi celui de la répression la plus féroce contre cette Résistance –, la Libération de Lyon fut saluée comme un événement annonciateur de la fin du cauchemar pour la France.

Lyon, c’était en effet la Capitale de la Résistance, comme devait le proclamer quelques jours plus tard le Général De Gaulle du haut du balcon de l’Hôtel de Ville. Mais c’était aussi, hélas, la ville où Klaus Barbie avait arrêté et torturé Jean Moulin, avait traqué sans relâche les réseaux de Résistants, avait organisé une véritable chasse aux Juifs.


La libération de notre ville apparaissait donc comme un signal puissant dans notre pays. Mais aussi au-delà-même de nos frontières, elle apparaissait comme le signe que la liberté était en train de l’emporter sur la tyrannie et la barbarie.

C’était là la victoire symbolique de tous ces anonymes qui s’étaient levés, en France même ou bien dans les territoires d’outre-mer, pour dire non au nazisme, pour défendre les valeurs de la patrie, pour défendre les valeurs de la liberté.

Oui, la Libération de Lyon symbolisait bien tout cela, fruit de l’unité des Forces Françaises de l’Intérieur d’Alban Vistel et des hommes de la 1ère DFL du général Diego Brosset.

Cher Guy Sanglerat,

Votre hommage aux Résistants du « Coq Enchaîné » et à ceux de « Combat » vient de nous le rappeler.

Et nous avons besoin de témoignages comme le vôtre.

Leur valeur est d’autant plus inestimable que s’éteint, peu à peu, la voix de ceux qui ont vécu cette tragédie dans leur âme et dans leur chair.

Parmi tous ceux-là, je voudrais avoir une pensée pour la Lyonnaise Rosette Contet, qui nous a quittés cet été.

Elle avait à peine 18 ans quand elle rejoignit les rangs de la Résistance.

Agent de liaison des maquis du Chambon-sur-Lignon, elle fut arrêtée le 30 octobre 1943 à la suite d’une dénonciation.

Incarcérée à Saint-Etienne, transférée à Montluc où elle subit les pires traitements, elle fut déportée dans les camps de Ravensbrück et de Buchenwald.

A l’occasion du 60e anniversaire de la libération des camps, elle soulignait combien la transmission de la mémoire était fondamentale, combien il convenait que les témoignages individuels puissent être repris, amplifiés par les médias modernes pour enseigner au monde ce qu’avait été la Résistance à la barbarie nazie.

Elle, qui disait:

« Nos témoignages n’auraient jamais suffi pour dire ce que furent les camps, là où périrent tant des nôtres, Juifs, Résistants, politiques ou simples otages disparus dans la fumée des crématoires.

Aujourd’hui la télévision, les médias modernes, en leur donnant une portée universelle, permet que le monde puisse être informé et tire les conséquences de ce que fut fondamentalement le nazisme. »

Elle poursuivait : « Pour les survivants, c’est un grand moment d’apaisement ; nous ne sommes plus seuls à porter ces souvenirs qui hantent nos mémoires ; nous pouvons commencer le deuil de tous nos martyrs et retrouver la paix du cœur. »

Nous savons bien à Lyon ce que furent ces destins endeuillés ; destins de celles et ceux qui avaient pris le risque du sacrifice suprême pour que triomphe la liberté.


Et c’est justement parce que Lyon fut une terre où cette Résistance s’illustra avec tant d’héroïsme qu’elle a, plus qu’une autre, la responsabilité du travail de mémoire.

Je ressens  plus fortement encore cette exigence en cette année 2012, qui marque le 70e anniversaire des grandes rafles de 1942.

Terrible année où furent déportés plus de la moitié des 80.000 Juifs de France exterminés au cours de la Seconde Guerre Mondiale.

Terrible année que celle de cette rafle du Vel d’Hiv, restée comme une tâche indélébile de l’histoire de la France, ainsi que l’a souligné le 22 juillet dernier le Président François Hollande dans la lignée du grand discours prononcé par le Président Chirac en 1995.

Terrible année, aussi, que cette année 1942 pour notre Cité.

Alors que l’Allemagne nazie venait d’essuyer ses premiers grands revers avec le débarquement des Alliés sur les côtes d’Afrique du Nord en novembre ou la bataille de Stalingrad en décembre.

Alors que l’unification des trois grands mouvements de la Résistance intérieure – Combat, Franc-Tireur, Libération – sous l’égide de  Jean MOULIN, avait marqué une montée en puissance de la Résistance.

La répression, elle aussi, s’accrut dans notre ville.

Parce que l’ennemi percevait  les conséquences inéluctables des évolutions en cours, ce furent l’invasion de la Zone Sud, l’intensification de l’action contre les mouvements de Résistance avec la collaboration chaque jour un peu plus renforcée  de ceux qui, à Vichy, prétendaient incarner l’Etat français.

Lyon eut alors à souffrir de la Gestapo de Klaus Barbie ; des forfaits toujours plus horribles de la Milice.

Pour comprendre ce que fut cette année 42 pour Lyon, il suffit par exemple de lire le livre de Valérie Perthuis-Portheret, – « 1942 : Lyon contre Vichy ».

Cette historienne y raconte le quotidien de notre ville, la rafle ordonnée par Vichy dans notre agglomération et sa région le 26 août 42, au cours de laquelle 1016 Juifs apatrides, parmi lesquels plus de 80 enfants, furent arrêtés et internés au centre de triage de Vénissieux.

Elle y raconte aussi ce que fut l’élan de solidarité porté par des réseaux d’entraide, élan qui aboutit trois jours plus tard au sauvetage des enfants et de plusieurs centaines d’adultes arrachés au camp de Vénissieux.

Au cœur de cet acte d’héroïsme, l’Abbé Glasberg et avec lui, une poignée d’hommes et de femmes venus d’associations caritatives.

Ceux de l’Amitié Chrétienne du Révérend-Père Chaillet et de Jean-Marie Soutou.

Ceux de la Cimade de Madeleine Barot.

Ceux de l’œuvre de Secours aux Enfants, avec le Dr Joseph Weil et ses amis Charles Lederman, Elisabeth Hirsch, Hélène Levy et Claude Gutmann.

Avec l’action décisive du pasteur Boegner et de Gilbert Lesage.


Je veux rappeler à notre mémoire ces femmes et ces hommes. Car ils nous ont alors donné la plus belle leçon d’humanité, affirmant par leur action la primauté de l’homme face à la force brute, le droit à une égale dignité de chaque homme et de chaque femme dans le respect de sa personnalité, de sa culture, de son histoire, de sa religion.

Je veux ici remercier très chaleureusement toutes les personnes qui ont concouru à la réédition de  cet ouvrage que nous avons présenté à l’hôtel de ville le 5 avril dernier.

Remercier Serge Klarsfeld qui en a signé la très belle préface.

Remercier, bien évidemment, notre ami Emile Azoulay, ancien Conseiller municipal, dont le précieux concours a tant contribué à cette réalisation.

Et parce que le rappel des faits est fondamental, vous me permettrez de rendre hommage, aussi, au travail que mène sans relâche Evelyne Haguenauer, mon Adjointe à la mémoire et aux Anciens Combattants, pour que vive à Lyon cette mémoire sans laquelle on ne saurait construire l’avenir.

Avec Isabelle Rivé, elle la fera mieux vivre encore avec la réouverture, le 16 novembre, du Centre d’Histoire de la Résistance et de la Déportation.

Cette réfection permettra en effet de mieux restituer l’histoire singulière de notre ville, mais aussi, au travers de cette histoire, de mieux comprendre les enjeux de notre monde et de pouvoir ainsi tracer des perspectives pour le futur.

Car c’est pour moi tout le sens d’une commémoration comme celle de la Libération de Lyon.

Elle veut rappeler le souvenir d’une France reconquérant sa liberté et sa souveraineté. Et Monsieur le Gouverneur Militaire, quel plus beau symbole que le passage, ce matin, dans le ciel de Lyon, de la patrouille de France ?

Elle veut aussi rappeler les valeurs de respect de la personne humaine qui inspiraient alors les combattants de la liberté  face à une idéologie qui entendait la réduire à néant.

C’est Hannah Arendt qui, dans son ouvrage majeur sur les origines du totalitarisme, disait:

« L’Hitlérisme a exercé sa puissante séduction internationale et intereuropéenne au cours des années 30, parce que le racisme, pourtant doctrine d’Etat dans la seule Allemagne, était déjà fortement implanté dans toutes les opinions publiques. »

L’exigence du temps présent, c’est de continuer à rester en éveil. Car le repli identitaire, les extrémismes continuent de menacer nos démocraties.

Nous vivons en des temps troublés.

A l’échelle du monde, avec des bouleversements considérables tant sur le plan géopolitique que sur le plan économique.

A l’échelle de l’Europe, avec cette crise qui n’en finit pas de miner les économies et  de ronger les esprits.


En ces temps difficiles, il est utile de rappeler qu’il ne saurait y avoir pire danger que la démagogie, que le manichéisme, que la recherche des boucs émissaires.

Soixante-huit ans après ce 3 septembre 1944, oui, nous avons un devoir de vigilance face à tout ce qui pourrait de nouveau menacer la paix, menacer la liberté, menacer la fraternité.

Je vous remercie. »

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