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08 mai
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Cérémonies commémoratives de la Victoire de 1945

Posté par: Gérard Collomb    Tags:  Histoire, Mémoire    Le:  mai 8, 2012




J’assistai ce matin aux cérémonies commémoratives de la victoire de mai 1945, au parc de la tête d’or. Je vous invite à prendre connaissance du discours que j’ai prononcé à cette occasion.

«  Le 8 mai 45, la Seconde Guerre Mondiale prenait fin.

La capitulation sans condition, signée d’abord dans la nuit du 7 mai à Reims et le lendemain à Berlin, marquait la fin du pire conflit qu’ait jamais traversé l’Humanité.

Plus de soixante nations et cent millions de combattants s’étaient affrontés dans une guerre impitoyable qui avait fait 60 millions de morts, l’équivalent de la population actuelle de la France.

Cette guerre avait atteint chacun, qu’il soit militaire ou civil, femme ou homme, vieillard ou enfant.

L’Europe venait d’assister, impuissante, au plus grand génocide de tous les temps avec le massacre de 6 millions de Juifs dont 1 million cinq cent mille enfants.

La victoire du 8 mai 45 fit bien sûr se lever dans le camp des Alliés une immense liesse populaire. Mais le bonheur de la paix retrouvée ne pouvait effacer l’atrocité des crimes qui, tout au long de ces longues années, avaient été perpétrés, faisant tant d’innocentes victimes.

C’est Samuel Pisar, déporté à Auschwitz alors qu’il n’avait que 13 ans, qui, le 15 avril 2007 au Mémorial de la Shoah, s’interrogeait : « Après l’effondrement d’une Europe rongée par la haine, la terreur, la peur, je voulais comprendre pourquoi. Pourquoi un monde absurde et brutal nous avait happés, moi, les miens, et tant d’autres, avec une telle férocité. Pourquoi nos gouvernants, nos élites n’avaient rien vu venir, rien compris, rien fait quand une marée montante jetait un continent civilisé dans le chaos, et emportait des dizaines de millions d’innocents ? »

Près de 70 ans après les faits, cette question-là continue d’occuper nos esprits.


Elle interpelle la conscience de tous les Européens. Elle interpelle la conscience de toutes celles et de tous ceux qui, à travers le monde, se réclament des valeurs qui furent celles du combat allié, un combat pour la liberté.

Elle interpelle notre conscience parce qu’elle nous amène à nous interroger pour savoir comment une telle barbarie avait bien pu naître au sein d’une civilisation aussi ancienne que notre civilisation européenne.

Comment avait pu se produire un tel déferlement de violence. Comment avait-on pu y concevoir le massacre planifié de plusieurs millions d’individus, condamnés à être ensevelis dans les fosses communes ou déportés dans les camps de la mort sans qu’aucune force ne puisse l’empêcher ?

Quel sens peut avoir l’Humanité pour la mère et l’enfant que l’on déshabille et que l’on envoie à la mort au fond des chambres à gaz ?

Ces images doivent interroger nos mémoires, comme l’Histoire doit interroger nos consciences.

Pas simplement pour rappeler les faits ! Mais pour en comprendre les implacables enchaînements.

Afin d’en exorciser le présent !

« Il m’arrive de me demander si le passé ne redevient pas présent » poursuivait Samuel Pisar devant le Mémorial de la Shoah.

Et bien, oui, il peut nous arriver de nous demander si le passé ne revient pas dans notre présent.

Car nous voyons bien à l’horizon poindre ces nuages sombres qui menacent le ciel de nos démocraties.

Nous percevons dans cette crise de nos économies européennes comme un retour des inquiétudes et des impasses qui dans ces années trente finirent par aboutir à la prise du pouvoir par Hitler.

Ce furent sans doute pour l’Allemagne les contraintes nées du Traité de Versailles, puis la grande crise de 1929 qui, partie de New York, avait progressivement touché tous les pays d’Europe. Et tel un château de cartes, l’Allemagne vit soudain s’écrouler l’ensemble de ses structures économiques.

Son système bancaire s’effondra, son industrie sombra dans la destruction en chaîne d’un nombre infini d’entreprises et d’emplois.

Si bien qu’en 1932, sur 18 millions de salariés allemands, 6 millions étaient au chômage complet et 8 millions d’autres au chômage partiel. Il faut avoir regardé « Berlin Alexanderplatz » et les images de Fassbinder sur la société berlinoise pour comprendre la misère sur laquelle le nazisme put se construire.

C’est dans ce contexte terrible marqué par les violences, les intimidations, le recul progressif de la liberté, l’affaiblissement de la démocratie, qu’Hitler réussit par les urnes – il nous faut toujours le rappeler ! – sa volonté de toute puissance, son ambition hégémonique, son idéologie de haine.

Qui au départ pensait que ce marginal au passé tumultueux, qu’aucuns dépeignaient comme velléitaire et inconséquent pût un jour soulever les foules par sa promesse de venger l’humiliation du Traité de Versailles, par sa promesse d’éliminer tous ceux qui, à l’intérieur ou à l’extérieur, il considérait comme les ennemis de l’Allemagne.

Et en l’espace de quelques années l’Allemagne, l’Europe changent totalement de nature.

C’est Stefan Sweig qui dans son ouvrage « Le Monde d’Hier », écrit : « D’un trait de plume on avait transformé le sens de toute une vie en un non-sens (…) Ma tâche la plus intime, celle à laquelle j’avais consacré pendant plus de quarante ans toute la force de ma conviction, la fédération pacifique de l’Europe, était anéantie. Ce que j’avais craint plus que ma propre mort, la guerre de tous contre tous, se déchaînait à présent (…) Pestilence des pestilences, le nationalisme avait empoisonné la fleur de notre culture européenne. »

Certes, le monde a changé depuis ces temps maudits qui précédaient la Seconde Guerre Mondiale.

Certes, la construction européenne a tissé des liens entre nos peuples.

Certes, un nouvel Auschwitz nous semble impossible.


Et pourtant, on entend à nouveau résonner l’écho d’une rhétorique où chacun est appelé à être l’ennemi de l’autre, où chaque pays semble condamné à ne construire son développement qu’au détriment de celui des autres, où s’exprime à nouveau, comme une détestation de nos démocraties !

Une rhétorique semblable à celle qui fit le fond de l’air des années de l’après Première Guerre Mondiale, une rhétorique semblable à celle qui fit tomber la République de Weimar.

Est-ce à dire qu’il n’y a pas de vaccin contre le mal absolu ?

En 1963, la philosophe Hannah Arendt écrivait : « Les solutions totalitaires peuvent fort bien survivre à la chute des régimes totalitaires, sous la forme de tentations fortes qui surgiront chaque foi qu’il semblera impossible de soulager la misère politique, sociale et économique qui soit digne de l’homme. »

Soulager la misère politique, économique et sociale : c’est bien de cela qu’il s’agit quand tant de gens aujourd’hui désespèrent.

Oui, il nous faut repartir de l’avant en France et en Europe.

Rassembler la nation ?

En France, il nous faudra dans les temps qui viennent créer les conditions d’un grand rassemblement, et ce doit être cela notre ambition, notre œuvre.

Comme au temps de cette Seconde Guerre Mondiale, quand de Londres le Général de Gaulle lançait son appel :

A ceux de la France Libre !

A ceux de la Résistance intérieure leur demandant de s’unir par-delà leurs convictions, leurs croyances, leurs origines, unies dans un même idéal de progrès et de liberté.

Refonder l’Europe ?

Ce fut la grande œuvre de tous ceux qui, ayant souffert dans leur chair, dans leur esprit, les atrocités qu’avaient connues la seconde guerre, entendaient conjurer la fatalité de ces conflits fratricides qui, par deux fois au XXe siècle, avaient mis l’Europe à feu et à sang.

Ce fut la grande œuvre des pères fondateurs de l’Europe, – Jean Monnet, Robert Schumann, Alcide de Gasperi, Konrad Adenauer, Paul-Henri Spaak. – de ceux qui, ayant combattu le totalitarisme hitlérien ou la dictature fasciste, s’étaient forgé la conviction que la paix passait par une communauté des peuples européens.

Ce fut dans la continuité l’œuvre de tous les gouvernements successifs de la France et de l’Allemagne, dans une volonté jamais démentie, de sceller l’amitié de nos pays de part et d’autre du Rhin, d’en faire un levier puissant pour l’Europe.

Nous sommes à la veille du 50e anniversaire de la réconciliation franco-allemande scellée le 8 juillet 1962 à Reims entre le Général de Gaulle et le Chancelier Konrad Adenauer.

Sachons nous appuyer sur cette volonté-là pour faire en sorte que de nouveau « la France et l’Allemagne fassent jaillir l’Europe ».

Cette volonté-là, elle n’est pas simplement la nôtre, celle de nos deux pays, celle de la France et de l’Allemagne. Elle est de l’intérêt de tous.

C’est Winston Churchill qui, après la guerre, l’appelait de ses vœux, dans son célèbre discours à la jeunesse. Il disait, « Il ne peut exister de renaissance de l’Europe sans une France spirituellement grande et sans une Allemagne spirituellement grande ! »

Cette volonté aujourd’hui encore ne doit pas s’arrêter.

« Nous aimons nos patries. Mais il nous faut faire l’Europe.» – déclarait François Mitterrand lors des cérémonies du 50ème anniversaire de la fin de la Seconde Guerre Mondiale, à Berlin, le 8 mai 1995.  Et il ajoutait « Restons fidèles à nous-mêmes. Relions le passé et le futur et nous pourrons passer l’esprit en paix le témoin à ceux qui vont nous suivre. »

Oui, relions le passé et le futur.

Et ces millions d’êtres humains victimes de la Seconde Guerre Mondiale ne seront pas mortes pour rien.


Relions le passé et le futur : et nos générations pourront, à nouveau, alors rayonner de ce sourire qui illuminaient les visages de tous ces jeunes qui, le 8 mai 1945, comprenaient qu’un nouvel avenir pouvait désormais s’ouvrir devant eux.

Je vous remercie. »

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